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mardi, 23 octobre 2018 23:33

À Bkerzay, à Deir el-Qamar, la montagne hospitalière.

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Dans cette région, les pommes de pin poussent par paire sur les branches. D’où bi kerzayn, que Ramzi Salman a transformé en Bkerzay. Tel est le nom donné à ce projet humain, écologique et artistique que le promoteur a conçu au milieu des pins sauvages.

Le pin sera bien au cœur du projet Bkerzay, tout comme ses acolytes sylvestres et cette végétation méditerranéenne qui tient tant à cœur à Ramzi Salman, promoteur et concepteur de cette initiative, tout comme l’architecture libanaise et ce qu’il appelle «le charme du Levant».

La beauté du site est précieuse: ce projet a voulu la célébrer, de même que celle du pays, tout en respectant l’époque dans laquelle on vit. «Les formes sont résiduelles, l’architecture accidentelle, explique l’architecte. Mon plus grand souci a été de garder l’innocence des lieux.»  Autant lui que Maha Nasrallah, l’architecte qui l’a accompagné dans cette aventure, sont férus de nature, de beau et de patrimoine libanais.

Le projet se veut une ode à celui-ci dans toutes ses facettes. «Un projet de préservation et non pas un projet touristique», insiste Ramzi Salman. Préservation des gens, préservation des métiers, des produits du terroir et de l’artisanat local (bois, pierre, etc). Aussi bien les intérieurs que la construction sont le fruit du travail libanais: la literie, la boiserie, la ferronnerie, le linge de maison, la tapisserie, la céramique… ont été produits par des hommes et des femmes de la région. Bkerzay se veut un relais de ce talent et de cette production auprès des Libanais eux-mêmes, mais aussi auprès du monde, ainsi qu’un pont entre citadins, touristes d’une part et artisans, artistes et villageois d’autre part. Un espace est dédié à la vente de pièces de designers libanais choisies avec le plus grand soin et d’une sélection de produits du terroir. Dans ce même esprit de récupération, certains meubles ont été chinés «au cul du camion», dans des brocantes en France, et choisis par Ramzi Salman lui-même.

 

Une architecture dictée par la nature

 

Déambulation poétique sur 200 000 m² dont seulement 15% ont été construits: petites maisons nichées dans le paysage (trente-deux unités de tailles diverses, pour certaines modulables) à peine visibles; spa avec ses trois petits dômes percés, tel un sanctuaire avec son hammam unique, à l’ancienne, équipé au centre d’une grande table en marbre sur laquelle se délester de toutes ses toxines; atelier de poterie offrant les plus belles céramiques travaillées par des mains libanaises expertes (qui ont leur fête aussi là-haut un jour par an), jardin belvédère qui regarde la réserve naturelle de Baakline, invitant à la contemplation qu’une balustrade, créée par l’artiste Katya Traboulsi, tout en dentelle et en motifs méditatifs, vient conforter. Tout comme l’encadré de la mer au loin, laquelle devient soudain proche par la magie de cette voûte ottomane typique du pays, héritée du temps des émirs et dont la beauté s’impose au regard, voire à l’être.

 

Les voûtes relativement peu nombreuses («Ce n’est plus l’époque des arches») et néanmoins hautement symboliques, parce que représentatives, sont chères à Ramzi Salman, épris d’architecture vernaculaire, méditerranéenne et plus particulièrement libanaise: la triple arcade et le mandaloun y rappellent le Liban. De l’architecture locale, le projet retiendra aussi les terrasses, les tonnelles, la pierre, venue de la région, et le bois de cèdre de Cilicie. Dans Bkerzay, les architectes ont opté pour un langage simple, non décoratif, où l’élément architectural constitue l’esthétique. Les pierres ont été taillées une à une et les voûtes, les fenestrations, les vitres sont là pour mettre en avant un arbre, une vue, le paysage. Le cadrage se fait de l’intérieur vers l’extérieur, «en dialogue, voire en symbiose avec la nature». C’est celle-ci qui est au cœur de ce petit village, conçu comme une résultante du terrain et du contexte. «La nature, les arbres ont dicté l’architecture.» C’est pour cela que pas une maison ne ressemble exactement à une autre; elles ont été dessinées là où cela était possible, parmi les arbres. La piscine aussi a une courbure particulière, à cause du terrain, et les ruelles, plus étroites que de coutume, restent à l’échelle humaine et dans le respect de l’esprit des lieux. Ramzi Salman a dû demander un downzoning, fait rare, au Conseil supérieur de l’urbanisme.

 

Un nouvel art de vivre

 

Le respect de la nature se traduit également dans les choix francs de construction écologique: les panneaux photovoltaïques ont été privilégiés, le village fonctionne en grande partie à l’énergie solaire, les poêles à bois utilisent l’élagage de la forêt, une station d’épuration des eaux usées est en place et le traitement des déchets est à la pointe: tri des matériaux recyclables et compostage des matériaux biodégradables; la terra cotta est produite au Liban. La ventilation est naturelle et l’isolation passive quand bien même la climatisation existe pour les jours de canicule ou de grand froid, rares, car le projet est complètement fonctionnel et favorise le mode de vie actuel. Pas un toit qui ne soit planté. Bkerzay est en passe de recevoir la note de certification vert du BREEAM anglais catégorie Très Bien, laquelle est particulièrement exigeante. Il faut aussi noter qu’il n’y a pas de télévision dans les chambres, mais que cela a été concédé dans l’espace commun, le salon avec cheminée. Ce petit village, qui se positionne comme précurseur d’un nouvel artisanat et d’un certain art de vivre, se veut «un exemple de développement durable qui pourrait être copié». Tel est le souhait de l’architecte qui a voulu cristalliser dans ce lieu son goût du Liban et de la Méditerranée. En attendant, on peut le savourer. Car Ramzi Salman a confié la gestion de Bkerzay à son propre fils, Karim, revenu au pays après dix ans d’études et de travail aux États-Unis. Sur place, Karim Salman peut compter sur la présence à ses côtés de Zeina, soeur de Ramzi, impliquée depuis le début de cette belle aventure.

Lu 1559 fois Dernière modification le mercredi, 24 octobre 2018 00:17
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  • À Bkerzay, à Deir el-Qamar, la montagne hospitalière.

    Dans cette région, les pommes de pin poussent par paire sur les branches. D’où bi kerzayn, que Ramzi Salman a transformé en Bkerzay. Tel est le nom donné à ce projet humain, écologique et artistique que le promoteur a conçu au milieu des pins sauvages.

    Le pin sera bien au cœur du projet Bkerzay, tout comme ses acolytes sylvestres et cette végétation méditerranéenne qui tient tant à cœur à Ramzi Salman, promoteur et concepteur de cette initiative, tout comme l’architecture libanaise et ce qu’il appelle «le charme du Levant».

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