Faut-il forcément construire tout ce qui passe par la tête (et la planche à dessin) des architectes? ASSURÉMENT, quand l’agence d’Olivier Brochet se pique de restaurer une maison de cognac ou de créer un nouveau musée bordelais. Pas sûr quand l’architecture impacte l’environnement comme le futur EuropaCity. Mais oui, trois fois oui quand Junya Ishigami invente de doux refuges pour ses semblables.

Fondation Martell à Cognac, sa vigne, ses œuvres

Cognac, ses 20 000 habitants, ses cinq maisons de spiritueux, sa rivière Charente qui baigne un cœur historique de maisons à pans de bois et une réputation qui taquine les confins du monde. C’est la ville natale de François 1er et le fief de l’eau-de-vie qui porte son nom. Prononcez «Cognac» et vous ferez frissonner les Américains et les Asiatiques pour qui le mot fait partie des quatre ou cinq appellations françaises les plus connues au monde, après Paris et Bordeaux! D’ailleurs ils ne manquent pas d’y visiter en touristes avertis les plus grandes maisons de cognac. Dont la maison Martell, la plus ancienne, trois siècles au compteur. Comme bien des entreprises de luxe, celle-ci a ouvert en 2016 sa propre fondation d’entreprise culturelle dans son bâtiment phare, construit à la fin des années 20 dans le style Bauhaus. La forme pyramidale de cette ancienne unité de mise en bouteille lui donne la silhouette assez exotique d’un temple babylonien. Quant à la rénovation opérée par le cabinet d’architecture bordelais Brochet Lajus Pueyo, elle a rendu aux façades noircies par le torula, redoutable champignon de la région, une blancheur éclatante. On accède à l’arrière du bâtiment par un étonnant passage en bois en forme de coque de bateau inversée, qui rappelle avec à propos l’intérieur d’un tonneau.

Toujours en chantier, la Fondation Martell a promis d’ouvrir progressivement, jusqu’en 2021, ses différents étages à la création contemporaine (design, architecture, métiers d’art, danse…) et aux savoir-faire d’excellence. En 2017, les architectes espagnols José Selgas et Lucia Cano ont investi la cour pavée avec une architecture protéiforme équipée de coussins jaunes. Soit de moelleux présentoirs dédiés aux créations d’artisanat d’art, mais reconvertibles en couchettes pour des siestes musicales. En juin dernier, c’est le rez-de-chaussée, dédié désormais à des installations immersives conçues spécialement pour le site, qui a accueilli la merveilleuse création poétique d’Adrien Mondot et Claire Bardainne, L’Ombre de la vapeur: un espace de circulation planant, modelé par des ordinateurs synchronisés. Ne pas rater, dans le hall d’accueil, la suspension monumentale de Nathalie Talec, Shine a Light, arborescente sculpture lumineuse dont chaque branche supporte une chimère de céramique ou de verre. En juillet, la maison a ouvert un rooftop éphémère, avec une vue à 360° sur la ville. Indigo by Martell, où l’on déguste cela va sans dire des cocktails à base de cognac, est passé par les mains du studio d’architecture spécialisé dans l’éco-design Prémices & Co. Sa banquette podium est l’œuvre de créateurs locaux et ses tables en lames de bois cintré celles du designer Christophe Bret. L’habillage en chêne de la terrasse provient de ce bois dont sont faites les barriques de chez Martell. «Enivrez-vous sans cesse, conseillait Baudelaire, de vin, de poésie ou de vertu.» Ou de luxe?
Le pavillon Martell de SelgaScano, jusqu’en octobre 2018. L’Ombre de la vapeur, jusqu’en mai 2019. Fondation Martell, 16000 Cognac.

IL Y A QUATRE ANS, L’ARCHITECTE D’ORIGINE LIBANAISE AMALE ANDRAOS DEVENAIT LA PREMIÈRE DOYENNE DE GSAPP, L’ÉCOLE D’ÉTUDES SUPÉRIEURES EN ARCHITECTURE, URBANISME ET PRÉSERVATION DE LA COLUMBIA UNIVERSITY, FAISANT AU PASSAGE LA FIERTÉ DE LA SCÈNE LIBANAISE. DURANT SON SÉJOUR À BEYROUTH CET ÉTÉ, POUR ENCADRER LE TRAVAIL D’UN GROUPE D’ÉTUDIANTS DE COLUMBIA SUR LA VILLE DE SAIDA, AMALE ANDRAOS PARLE À DÉCO MAGAZINE DE SON PARCOURS, DE SON APPROCHE ET DE SES PROJETS.

Née à Beyrouth puis ayant vécu en Arabie saoudite, à Paris, au Canada, aux Pays-Bas et aux USA, Amale Andraos retient de son identité libanaise un aspect très cosmopolite. Pour elle, la tragédie de la guerre avait généré la chance d’habiter un peu partout dans le monde, et de se frayer un chemin passionnant en profitant de chaque occasion pour apprendre et cultiver sa curiosité de l’autre. À Harvard, elle dit avoir eu d’excellents professeurs: Hashem Sarkis, Toshiko Mori, Michelle Addigton, mais avoir été particulièrement intéressée par le travail avec Rem Koolhaas, «parce qu’il poussait vraiment l’éducation en disant que l’architecture devait se pencher sur ce que la globalisation était en train de produire au niveau de l’urbanisme, et comment elle était en train de changer fondamentalement l’architecture et l’idée même de la ville.» Une approche qui prône un regard critique et un questionnement constant. Aujourd’hui encore, Amale Andraos dit qu’on n’a pas tout appris, et que l’incertitude et la difficulté du contexte actuel sont surtout une opportunité de tout réinventer et de tout remanier. Raison pour laquelle elle a accepté la position de doyenne au GSAPP.
L’architecture comme forme de savoir
Amale Andraos est également cofondatrice avec Dan Wood de l’agence new-yorkaise WORKac et auteur de plusieurs publications comme 49 Cities, The Arab City: Architecture and Representation et Above the Pavement, the Farm! L’éducation, l’écriture, la production de projets, la réflexion théorique, autant de facettes qui contribuent à la pratique architecturale, dans son sens large et ouvert. Pour Andraos, l’architecture est une forme de savoir, une manière de regarder le monde, et c’est ce qui l’intéresse: réinventer cette discipline tout en gardant un rapport constant avec le monde. «L’architecture, ce n’est pas un immeuble, un objet inerte. C’est une réflexion autour des relations, de l’environnement. L’écriture, l’éducation, toutes ces pratiques sont architecturales: on projette des idées et elles prennent forme de façons différentes.» Dans sa vision du programme éducatif, l’architecture ne se définit pas par ce qu’elle est, mais par tout ce qu’elle pourrait être: alors que certains étudiants repensent la discipline au niveau théorique, d’autres s’intéressent à réinventer la pratique. Les relations possibles au domaine s’en trouvent donc multipliées et l’éducation en devient plus ancrée dans le réel. D’ailleurs, l’approche qui caractérise les projets de WORKac en témoigne: une quête de réinvention et une collaboration avec des disciplines différentes pour repenser l’architecture «dans le monde».
Un projet en bord de mer à Batroun
Initialement contacté pour concevoir une villa dans un projet résidentiel en bord de mer à Batroun, WORKac finit par collaborer avec Chafik Saab (Jamil Saab & Co) pour repenser le concept général du projet tout en conservant l’implantation d’origine. Situé sur un terrain en pente, pieds dans l’eau, le projet comprend plusieurs séries de villas parallèles à la plage, sur quatre niveaux différents, ainsi qu’un club-house. L’opportunité pour l’agence américaine de se pencher sur la compression entre la montagne et la mer, caractéristique de la côte libanaise, mais aussi sur la notion de densité, et sur la possibilité de générer des expériences diverses et le sentiment d’avoir une maison individuelle. «Dans ce projet, la tension entre le collectif et l’individuel se joue dans une topographie de toitures: les toits de chaque série deviennent les jardins de la série située au niveau supérieur et forment une extension visuelle du domaine privé. Il a fallu repenser l’intimité, le rapport entre l’intérieur et l’extérieur, le privé et le collectif, pour que la densité contribue à une expérience architecturale stimulante, au lieu d’être perçue comme une contrainte.» C’est également un projet qui porte un défi particulier, celui de concevoir des jardins durables en bord de mer. Pour les jardins, WORKac travaille en collaboration avec Green Studios. «Chafik Saab a compris les risques liés au paysagisme dans ce contexte et a fait preuve de beaucoup de courage et de détermination dans son approche. Tout le monde s’est vraiment engagé à la réussite et à la durabilité du projet.» Pour le moment, Marea reste le seul projet en cours de WORKac au Liban.

Sur le développement immobilier
La discussion autour du projet de Batroun ramène inévitablement au cursus proposé par GSAPP: le programme comporte en effet une branche pour le développement immobilier. Mais comment cette discipline se positionne-t-elle par rapport à celles qui ont des fondations théoriques et des pratiques établies comme l’architecture, la préservation ou encore l’urbanisme? Amale Andraos explique que le GSAPP est un croisement entre la tradition des beaux-arts et le pragmatisme américain. «Toutes ces disciplines ont mis du temps à en arriver là, en termes de discours critique et de théorie. Avec le temps, et j’espère que ce sera dans les cinq années à venir, une auto-réflexion sur la question du développement immobilier va commencer à percer, une réflexion critique, qui ne serait pas strictement liée à la pratique et aux règles du marché. Nous avons besoin de cette dimension dans le développement immobilier, et c’est le milieu académique qui doit pousser dans cette direction.»
Une vision qui se précise
Et à la question de savoir comment elle évalue les années passées à Columbia, et comment elle envisage celles à venir, Amale Andraos dit que ce qui est particulièrement stimulant à ce stade, c’est que les graines semées commencent à pousser et prendre forme. Même si cette forme n’est pas forcément celle qu’elle avait imaginée au départ: «On lance des choses, mais les autres doivent se les approprier avant qu’elles ne reviennent sous de nouvelles formes. C’est comme tout projet, on construit une infrastructure et puis les choses prennent vie… Il faut constamment les relire, faire des ajustements dans la direction… C’est tout un processus, pas une fin.»

Une approche qui fait sans cesse appel au questionnement, à l’adaptation, à la réinvention, c’est ce qui, peut-être, caractérise le mieux le parcours d’Amale Andraos. Dans le contexte actuel, elle se dit pleine d’espoir: «Ce sont des moments difficiles, au Liban et partout ailleurs. Mais les architectes sont des optimistes malgré eux. Je pense que notre contribution est de continuer à affirmer qu’il y a d’autres moyens de faire et d’autres moyens d’être.»

Stéphanie Ghazal

 

«Un retour dans le passé sur un site extraordinaire». C’est à Tripoli, dans la bâtisse inachevée du célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer et dans la fameuse citadelle, que l’exposition d’art contemporain Cycles of Collapsing Progress ouvrira ses portes le 22 septembre 2018… Une réflexion à travers l’art sur l’importance du temps et ses cycles d’effondrement.

 

Sous le parrainage du ministère libanais de la Culture et de l'UNESCO, organisée par le BeMA (Beyrouth Musée d’Art) et la plate-forme curatoriale Studiocur/Art, Cycles of Collapsing Progress puise son inspiration dans l’état actuel des lieux pour créer sa propre thématique. Symbole de l’architecture moderne au Moyen-Orient et de la guerre civile libanaise, la Foire internationale Rachid Karamé avec ses quatorze structures en béton brut immortalise les débuts du modernisme et dialogue avec la forteresse construite en 1103. Entre le Moyen-Âge et l’ère moderne, les espaces investis par l’exposition soulignent par excellence les cycles sans fin du temps.

 

L’art du temps

 

Du 22 septembre au 23 octobre, Cycles of Collapsing Progress exposera dix-huit projets signés par des artistes libanais et mexicains, dont onze nouvelles œuvres commissionnées comme installations in situ spécialement pour Tripoli. Cette exposition est l’aboutissement de dix-huit mois de travail entre le Liban et le Mexique avec des résidences d’artistes dans les deux pays qui ont renforcé cet échange culturel. Chargée de patrimoine d’histoire et de culture, l’exposition présentera des créations à caractère symbolique comme l’installation sonore de Zad Moultaka, inspirée par le mythe du cinquième soleil aztèque qui illustre l’effondrement de notre civilisation, ou le Musée de l’espace signé Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, une suite du documentaire Lebanese Rocket Society qui souligne les tentatives avortées du progrès dans l’histoire libanaise. Réflexions sur les cycles lunaires avec Stéphanie Saadé, correspondances fictives de Jorge Méndez Blake avec Thomas More, l’auteur du livre Utopia datant de 1516, ou Colosse aux pieds d’argile de Rayyane Tabet, les œuvres conjuguent le passé au présent, retracent des siècles d’histoire et tentent de redorer le blason de la ville de Tripoli qui s’égare dans l’air du temps.

 

Karene Safi

Du 20 au 23 septembre 2018, Beirut Art Fair signe sa neuvième édition. Un millésime de créativité, de joie et d’excellence.

 

Beyrouth attend sa foire d’art annuelle avec ferveur. Ce rendez-vous, devenu incontournable à la rentrée des vacances, sonne la reprise de l’activité dans la fourmilière libanaise, après un abandon lascif aux rayons du soleil estival. Pourtant, pendant que les cigales chantaient et se délassaient, les contours de la neuvième édition de Beirut Design Fair se dessinaient et se matérialisaient grâce au travail assidu d’une équipe experte et soudée.

 

Beaucoup de nouveautés dans l’approche et dans l’exigence pour répondre aux attentes d’un public de plus en plus nombreux au Liban et au-delà des frontières. Cette neuvième édition connaîtra en effet un accroissement de 45% des surfaces d’exposition et près de 32 000 visiteurs sont attendus, avec la participation d’un nombre plus important de galeries internationales. Pour répondre à cette demande grandissante, BAF se dote des moyens humains et matériels nécessaires.

 

Le comité d’experts pour la sélection des participants continue cette année à exercer ses compétences. Son rôle se voit consolidé par l’arrivée de Joanna Abou Sleiman Chevalier en qualité de special advisor. Commissaire d’exposition et référence incontournable de la scène de l’art contemporain, cette Franco-Libanaise porte, par sa double appartenance, un regard à la fois connaisseur et extérieur sur la création libanaise. Pour accueillir son public avec la même émulation et faire de la visite une véritable expérience artistique et sensorielle, BAF inaugure dans cette neuvième édition une scénographie inédite signée Patrick Boustani, architecte et urbaniste de renom.

 

Pleins feux sur la photographie

 

Ce dernier réinvente l’espace d’exposition qui se déploie sur une surface totale de 5500 m² dans le hall 3 du Sea Side Arena (anciennement BIEL). Sa proposition invite la ville de Beyrouth dans un exercice de mise en abyme. L’accès principal du BAF s’excentre sur la façade latérale et s’ouvre sur une vue d’ensemble à la manière d’un cityscape. Ce large panorama permet au visiteur de choisir un itinéraire privilégié et de s’engager dans une sorte de flânerie artistique ponctuée d’aires de repos, en prenant son temps pour contempler une œuvre, pour  s’imprégner de l’univers d’un artiste, à un rythme muséal.

 

Au centre de ce dispositif, BAF 2018 braque les projecteurs sur la photographie avec une exposition Focus intitulée Across Boundaries. Sur près de 500 m², la photographie s’affranchit des préjugés et s’affiche dans une maturité artistique éclatante. D’une envergure inédite, cette exposition porte une vocation muséale et installe dans un dialogue transgénérationnel une centaine d’œuvres représentatives de la production photographique libanaise, des années 1900 à nos jours.

 

Tarek Nahas, curateur de l’exposition et grand collectionneur de photos, assisté de Marine Bougaran et de Laurence Nahas, a mené sur plus de deux ans un minutieux travail de recherche et de sélection d’œuvres photographiques libanaises, certaines appartenant à des collections privées prestigieuses et d’autres à des collections institutionnelles, comme celles de l’AUB ou de la Fondation Saradar, ou encore de la Fondation arabe pour l’image ou de l’USJ. Tarek Nahas vise à positionner la photographie en tant que médium à part entière sur la scène artistique libanaise et à initier le public libanais à cet art encore mal appréhendé par certains.

 

Le document et le territoire

 

L’exposition se déploie selon trois thématiques principales:

Le Territoire: à travers l’appropriation du lieu par le regard, l’artiste transforme le paysage en territoire universel ou en territoire intime. Cette mutation est illustrée dans les magnifiques œuvres de Manoug Alémian, photographe du ministère du Tourisme libanais, à qui l’on doit l’image du Liban idéal; ou bien dans celles de Nadim Asfar, photographe contemporain, dont le travail reprend la formation géologique du terrain par la médiation de couches poétiques, esthétiques, philosophiques.

 

La seconde thématique explore le Document à travers le motif de la guerre du Liban. Les photojournalistes des années 1975 à 1990 mais aussi Joana Hadjithomas et Khalil Joreige suscitent un questionnement sur l’absurdité de la guerre à travers les stigmates qu’elle laisse sur les êtres et les choses. Ces photographies ont des formes narratives aussi bien réelles que fictionnelles, qui s’inscrivent dans l’engagement éthique de ces artistes.

 

Enfin la thématique de l’Intime franchit la frontière de l’enveloppe corporelle et épouse l’essence des êtres. Le travail de Saro avec ses portraits colorisés des années 60 ou 70, ou aujourd’hui celui de Ziad Antar ou de Gilbert Hage, interrogent la complexité du rapport au lien familial, à l’érotisme ou encore à la mort. Quant à Roger Moukarzel, il met en abyme l’espace privé des collectionneurs dans une grande installation qui dévoile une vingtaine de collections saisies dans leur environnement d’origine et qui constitue un hommage rendu à ceux qui ont cru en la valeur artistique de ce médium et ont apporté leur soutien aux artistes-photographes.

 

Hommage à Paul Guiragossian

 

Dans la suite du Focus se place la septième édition du Byblos Bank Award qui décerne le prestigieux prix de photo Byblos Bank, récompensant les talents émergents et favorisant leur exposition auprès des collectionneurs et du public. Le second point d’orgue de cette manifestation est l’hommage rendu à Paul Guiragossian dans la section Lebanon Modern, à l’occasion de la commémoration du vingt-cinquième anniversaire de sa disparition. Ce maître incontesté a laissé au Liban et à la postérité une œuvre foisonnante où transparaissent à chaque détour son humanité profonde et sa tendre poésie.

 

La rétrospective qui lui est dédiée au sein de BAF est conçue en étroite collaboration avec la Fondation Paul Guiragossian. L’événement se construit autour de la dernière monographie à paraître (Sam Bardaouil & Till Fellrath) qui lui est consacrée, et qui rassemble un nombre impressionnant d’archives photographiques et journalistiques permettant de dresser d’une manière quasi scientifique le portrait de l’œuvre et de l’homme. Ces documents, complétés par des enregistrements sonores et vidéo, sont présentés pour la première fois au public dans le cadre de l’espace «muséal-art-moderne» de la foire.

 

L’hommage à Paul Guiragossian se prolonge par un tribut rendu aux collectionneurs qui ont su reconnaître le génie du peintre et qui ont consolidé sa place dans l’histoire de l’art, en acquérant de manière parfois compulsive ses œuvres. L’exposition dévoile ainsi certaines anecdotes truculentes sur les périples magiques de certaines toiles qui ont fait le tour du monde avant de se retrouver, des années plus tard, au sein d’une même collection.

L’on doit à Nelly Choucair-Zeidan, curatrice de l’espace Art by Bankmed 2018, une découverte curieuse et néanmoins prestigieuse. L’exposition intitulée Donelly by Nelly  nous dévoile la collection privée de la curatrice. Elle comprend plus de trente-huit figurines du peintre et designer new-yorkais Brian Donnelly (1974), connu sous son nom d’artiste Kaws. Considérée comme l’une des plus grandes collections de Kaws au monde, elle nous plonge dans l’univers ludique de l’artiste.

 

Talents exceptionnels

 

Ce dernier convoque dans son atelier de Brooklyn les caractères et les motifs populaires de l’art urbain. Il crée une déclinaison de figurines caractérisées par un graphisme, une personnalité et une biographie spécifiques. Elles mesurent de quelques centimètres à dix mètres de hauteur et utilisent des matériaux très variés tels que le métal, le bois, la résine ou le bronze. Elles sont présentes dans plusieurs musées à travers le monde. Nelly Choucair-Zeidan propose par ailleurs un questionnement esthétique et sociologique plus actuel sur le processus de fabrication artistique à l’ère du digital et de la consommation immédiate. Les petites figurines sont installées sur un sol tapissé de photos d’appareils Polaroïd multicolores, expression parfaite à la fois de l’instantané et de l’autonomie de création. Elles sont une métaphore du besoin d’immédiateté de la génération Z et de la possibilité pour chacun de s’improviser artiste afin d’exprimer sa pensée ou de dévoiler un talent insoupçonné.

 

Justement, dans l’espace Revealing by SGBL, les talents exceptionnels, repérés par les galeries locales ou internationales qui les représentent, ont l’occasion de se distinguer et de gagner une visibilité et une reconnaissance particulières. Enfin toute une série de  tables rondes sont organisées dans le cadre de la manifestation pour permettre des échanges passionnants entre les artistes et les spécialistes libanais et internationaux, autour de plusieurs thématiques comme la photographie, la passion de collectionner ou encore l’attachement au territoire.

 

Comme chaque année, Beirut Art Fair déborde de ses frontières et propose avec Beirut Art Week (du 18 au 25 septembre) un circuit artistique à travers la ville, à la rencontre d’artistes qui investissent des espaces insolites comme de prestigieuses boutiques du centre-ville. Des immersions artistiques sont également  proposées, comme une séance de cinéma de plein air ou des vernissages dans des sites exceptionnels. Enfin, Beirut Design Fair (du 19 au 23 septembre), foire complémentaire et amie de BAF, se dédie aux créateurs de meubles et d’objets et propose cette année une sélection palpitante de designers.

 

Il faudrait certainement plus de trois jours pour goûter pleinement à l’enchantement de cette parenthèse festive et artistique qui, malgré des temps moroses, laisse s’exprimer la pulsion de vie des libanais et leur incroyable désir de créer du nouveau. Car de tout nouveau surgit la vie. Longue vie à Beirut Art Fair!

 

Joëlle Hajjar

LE 27 JUIN DERNIER, À L’OCCASION DE L’OUVERTURE DU NOUVEAU SHOWROOM POLTRONA FRAU À INTERMEUBLE SOFIL, NICOLA COROPULIS, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA MARQUE, ÉTAIT PRÉSENT. L’OPPORTUNITÉ DE MIEUX COMPRENDRE LES RÉCENTES ÉVOLUTIONS DE L’UNE DES RÉFÉRENCES ITALIENNES ET MONDIALES DU MOBILIER.

 

Depuis votre arrivée en 2008, après quinze années passées au sein du groupe Natuzzi notamment, Poltrona Frau a opéré un virage stratégique fort vers l’international et une offre plus contemporaine: quel en a été le détonateur?

En effet, il y a sept ans environ, notre principale décision a été de créer une marque qui séduirait au-delà de l’Italie. Lorsque j’ai rejoint le groupe il y a dix ans, 70% de son chiffre d’affaires se faisait en Italie. L’image était un peu poussiéreuse. Après la crise de 2008, il nous était devenu évident que nous ne pourrions continuer à opérer sur notre seul marché d’origine. Mais voir dehors, c’était aussi accepter de changer.

 

En quoi ce changement a-t-il consisté?

Nous avons fait beaucoup de recherches pour savoir ce que nous devions garder de nos origines: savoir-faire artisanal, expertise sur le cuir, capacité à travailler les matériaux précieux, attention aux détails. Nous les avons mélangés avec des éléments contemporains: de nouveaux designers (Roberto Lazzeroni pour le marbre et le bois, Neri & Hu pour une touche orientale, etc., de nouveaux matériaux, de nouveaux produits. L’objectif était de créer un environnement pluridimensionnel afin d’offrir à nos client ce que nous avons nommé des living solutions. Nous voulons leur donner le choix, c’est ainsi que se définit le luxe.

 

En chamboulant votre style traditionnel, en remettant en question un classicisme qui a fait votre succès, ne craigniez-vous pas une perte d’identité, voire une perte d’exclusivité par rapport à d’autres marques?

Non, Poltrona Frau est une marque qui existe depuis plus de cent ans: chaque collection a su répondre aux besoins de chaque client à toute époque. Il n’y a donc pas de trahison de nos origines: nos collections comporteront toujours un Chester. Quant aux autres marques, chacune a son style, mais Poltrona Frau aura toujours un caractère unique, comme son expertise sur le cuir que personne ne saurait répliquer. Nous n’utilisons que des cuirs à pleine fleur et l’âme de chaque modèle qui en est constitué lui est transmise par des artisans dont les ancêtres travaillaient déjà le cuir au Moyen Âge.

 

C’est votre première visite au Liban, que représente-t-il sur la carte internationale de Poltrona Frau?

Poltrona Frau a été l’une des premières marques italiennes au Liban. Au contraire de notre société-sœur Cassina qui a toujours été portée vers l’étranger, notre présence ici depuis de longues années, alors même que notre stratégie était longtemps tournée vers le marché intérieur, prouve l’importance de cette destination pour nous. Nous devons ici rendre hommage à Nicolas Chedid, ancien PDG d’Intermeuble, dont j’ai eu l’honneur d’être l’ami pendant vingt ans. Sa passion pour la marque a mené celle-ci à Beyrouth. Ma présence aujourd’hui est le fruit d’un voyage qu’il a initié. À travers ce showroom, nous voulons raconter une histoire et offrir à nos clients l’expérience de l’élégance italienne, sobre, moderne et intemporelle à la fois.

 

Qui sont aujourd’hui vos clients?

Ils sont multiples, à l’image de la mondialisation, mais leurs besoin sont les mêmes: avoir des produits exclusifs et d’excellence qui les satisferont. Ils apprécient l’artisanat, la qualité et l’idée que le luxe est d’être en accord avec soi-même, sans ostentation, qu’il peut également être transmis à ses enfants.

 

Cela suffit-il à satisfaire ces clients d’horizons variés? Les marchés américains et asiatiques que vous avez largement développés ont des cultures très différentes…

À l’intérieur des frontières d’un produit, Poltrona Frau offre beaucoup de sur-mesure et peut jouer sur les tailles, les matériaux utilisés, les motifs. C’est un modèle que nous utilisons notamment pour les clients institutionnels (banques, hôtels, etc.). Hier, au salon business d’Alitalia, j’étais entouré de produits Poltrona Frau dont les couleurs avaient été choisies pour la compagnie aérienne. Nous travaillons aussi avec l’industrie automobile qui apprécie cette flexibilité. Pour célébrer les 70 ans de Ferrari, nous avons ainsi créé un fauteuil de bureau inspiré du siège pilote de la voiture.

 

Qui décide de chaque nouvelle collection?

Je suis assez fier de dire que nous n’avons pas de directeur artistique. Il s’agit d’un travail collectif, qui débute au sein du département R&D, composé de jeunes talents. Sous ma direction, ils dessinent le plan de chaque produit, puis le designer qui le prendra en charge est nommé. C’est une spécificité de la maison: chaque produit a un père -le designer- et une mère -Poltrona Frau- contrairement à d’autres marques où la signature du designer est davantage mise en avant.

 

Quels sont les principaux lancements qui s’annoncent dans les mois à venir?

En 2019, nous fêterons le centenaire du fameux fauteuil 1919. En son hommage, nous lancerons un modèle qui en réinterprète les codes: plus large, plus haut, plus léger et donc plus contemporain, en bois et en cuir. Sans perdre notre identité, c’est évidemment aussi Renzo Frau que nous célèbrerons, lui qui avait à l’époque, avec ce club, revisité la bergère classique. Avant cela, le 4 octobre prochain à Milan, nous dévoilerons une édition limitée du fauteuil Sanluca, dessiné par Achille Castiglioni qui aurait eu 100 ans cette année. L’histoire reste ainsi au cœur de notre philosophie.

 

Propos recueillis par Jim

Soda Designers… Tout est design

 

L’élégance, l’ergonomie et les couleurs définissent l’ensemble des créations de Soda Designers. Chargés de caractère et riches en détails subtils, les meubles et les objets conçus par Nada Nasrallah et Christian Horner constituent des pièces maîtresses dans chaque intérieur.

 

La designer libanaise Nada Nasrallah et le créateur autrichien Christian Horner se sont rencontrés pendant leurs études de design industriel à l’Université des arts appliqués de Vienne et à l’ENSCI/Les Ateliers de Paris. Ils ont conjugué deux disciplines différentes, la boiserie et l’orfèvrerie, pour créer en 2010 leur agence de design et leur propre label: Soda Designers. Basée à Vienne, l’agence a travaillé pour les grands noms du design international comme Sottsass Associati et Paolo Rizzatto à Milan, ainsi que pour Philips à Vienne et Singapour, pour Sagem et Bene Office Furniture.

 

Entre Vienne et Beyrouth

 

Conférenciers, enseignants et créateurs, Nada Nasrallah et Christian Horner définissent le design comme une fusion qui unit l’artisanat à l’industriel. Entre la conception, l’expérimentation des matériaux, la production et les stratégies de marketing, le binôme a trouvé un juste milieu pour offrir des créations intemporelles et durables. Créé pour Ligne Roset, le lit Desdémone reflète par excellence l’identité créative de Soda Designers. Évoquant une coquille et conçu comme un cocon pour optimiser le confort, Desdémone s’adapte avec sa silhouette fluide à tout type d’espace et se transforme en un lieu propice à la lecture, l’écriture et la détente. Pour la marque Porro, les designers imaginent Bellevue, un miroir circulaire et rotatif qui offre plusieurs perspectives et points de vue, tandis que le canapé en cuir Joyce, dessiné pour Wittmann, incarne la convivialité avec son assise confortable et se décline en plusieurs versions pour les intérieurs classiques ou contemporains. Dans le cadre de la Beirut Design Week 2018 qui s’est tenue en juin dernier, Soda Designers a présenté deux nouveaux projets durant l’exposition Finest Austrian Design, organisée par Bariaa Mourad. Noir ou blanc, sobre et élancé, Reflecting Marble for Breitwieser est un miroir en deux parties qui rend hommage à la beauté du marbre. Associant deux cultures différentes, le tandem Nasrallah-Horner s’est inspiré de la forme ornementale de la tresse viennoise et d’un motif libanais pour créer Raw, un meuble multifonctionnel à usage flexible, pour les extérieurs et les espaces publics. Londres, Vienne, Barcelone, Beyrouth ou New York, Soda Designers enchaîne les expositions et ses créations sont primées et récompensées par des prix prestigieux. Du mobilier à l’électronique, en passant par les luminaires, les accessoires de table et les objets décoratifs, Soda Designers couvre les innombrables champs de la décoration d’intérieur et du design, et compte parmi ses clients les marques les plus prestigieuses du design comme Wittmann, Fontana Arte, MDF Italia, Rapsel, Berndorf, Porro et Ligne Roset.

 

Karene Safi

À AJALTOUN, SUR UN SITE OÙ LA VERDURE FAIT OUBLIER LA VILLE, LA TENSION ET LE CHAOS, YOUSSEF TOHMÉ SIGNE UN PROJET HORS DU COMMUN. D’UN GESTE FRANC, IL INVERSE LE RAPPORT ENTRE TERRAIN ET CONSTRUCTION ET CONÇOIT UNE DEMEURE QUI DEVIENT ELLE-MÊME UNE TOPOGRAPHIE, UNE MAISON QUI ÉTREINT LE PAYSAGE.

Cette résidence d’été toute en délicatesse illustre un luxe balnéaire confidentiel, orchestré par la très en vogue Stéphanie Coutas. Quand presqu’île rime avec style.

Préservée des regards, avec un point de vue unique sur les giga yachts, voiliers et catamarans qui assurent le spectacle, la piscine à débordement est le point de fraîcheur de la maison. Surplombant le mythique port de Saint-Tropez, pool house, salon d’extérieur et terrasses invitent à s’enivrer d’air doux aux notes de thym. Omniprésente, la nature au charme sauvageon accueille les lignes épurées du mobilier de jardin en bois ou osier. Une fantaisie de coussins haute facture anime ce décor spectaculaire avec un savant mélange de raffinement et d’audace. Essence même du talent de l’architecte d’intérieur Stéphanie Coutas (SC Édition) qui habille d’une patte minimaliste cet oasis de bon goût au pays du too much.
Un jeu de textures et de motifs
Alors que la façade dévoile ses colonnes néoclassiques à l’ombre des palmiers et pins parasols, il émane de l’intérieur une poésie intemporelle. Au salon, une attention particulière est portée aux détails avec l’agencement de voûtes dupliquant l’arche des baies vitrées, pour un équilibre parfait entre lumière naturelle et fluidité du plan. Un miroir surréaliste en bois doré de Victor Roman (galerie Yves Gastou), posé à même le sol, évoque l’Asie où Stéphanie Coutas a grandi. Le mur en bois massif dessiné par l’architecte d’intérieur, découpé à la tronçonneuse puis brûlé et ciré par l’artiste ébéniste Étienne Moyat, s’harmonise aux motifs graphiques du tapis. Il abrite une porte dérobée menant aux suites des invités. Côté ambiance, le souffle ethnique des canapés en lin rayé SC, associé à la palette vitaminée des coussins, témoigne d’un goût subtil pour l’élégance intérieure.
Inconditionnelle des métiers d’art
Dans la vaste cuisine salle à manger le marbre clair veiné répond au bois. La parfaite orchestration de tonalités sobres et d’innovantes finitions sur mesure assure un décor apaisé, éclairé par une fantastique suspension Rock the Kasbah. Nourrie de divers courants d’arts décoratifs, l’harmonie jaillit de l’association inattendue entre une peinture aborigène dans son cadre en bois sculpté main et d’un tapis en laine flower power imaginé par Stéphanie Coutas (J.D. Staron) et contrastant avec le cactus blanc Drocco & Mello. Au-dessus d’un banc d’église vintage un tableau de Francesca Pasquali (galerie Tornabuoni) ajoute un effet de texture troublant, mis en valeur par les céramiques de Jean Girel (galerie Arcanes) et un bronze bleu martelé Rico. Au mur une mosaïque de métal à chevrons or mat rythme l’espace. Tout est chic, chaleureux et bohème.


Bain de lumière
Ouvertes sur le jardin, les chambres de plain-pied démultiplient leurs volumes par de larges baies vitrées. Riche de son expertise dans l’aménagement d’hôtels de luxe (Dress Code et Drouot Gallery à Paris), la maître d’œuvre y exprime son amour pour la confection haute couture. Fauteuil vintage, palette aquatique et rigueur des lignes évitent l’ostentatoire. Épurée, la salle de bains séduit par l’effet mat de la pierre naturelle et du carrelage à effet bois de la douche. Pour se remettre à flot en fredonnant Do you do you Saint-Tropez, un miroir soleil rayonne sur la vasque noire en forme de goutte. Cette fusion entre art de vivre et culture pimentée de french touch caractérise la vision romantique de Stéphanie Coutas, férue d’art contemporain. Son secret: un supplément d’âme.

Sylvie Gassot

À POLIGNANO A MARE, DANS LA RÉGION ITALIENNE DE BARI, LUCA ZANAROLI SIGNE UN PROJET QUI SE VEUT AU CROISEMENT DU VERNACULAIRE ET DU CONTEMPORAIN. AUTOUR D’UN VIEUX TRULLO SITUÉ SUR UN TERRAIN RICHE EN OLIVIERS, IL IMAGINE TOUTE UNE COMPOSITION DE VOLUMES ET DE TEXTURES QUI FONT RESSORTIR LE CHARME DE L’ENDROIT ET RENDENT HOMMAGE AU PAYSAGE.

Conçue par Luca Zanaroli pour deux familles et leurs invités, cette demeure propose tout un éventail d’espaces et d’ambiances, toutes étroitement liées au paysage qui les enlace. La composition en L qui vient épouser la vieille construction ronde au toit conique permet plusieurs degrés d’intimité: les chambres sont situées sur les bords des deux ailes alors que la jonction, revêtue de noir, abrite séjour, cuisine et lieux de rencontre. Ce volume convivial donne un accès direct à la cour intérieure et aux terrasses généreuses, et profite d’une vue spectaculaire sur le trullo typique de la région. Ici, le vernaculaire et le contemporain se retrouvent dans un dialogue constant, renforcé par les vastes espaces extérieurs qui forment plus qu’une extension de la maison, un véritable lieu de vie et d’échange entre les différentes composantes du projet.

Vivre dehors
Sur cette grande étendue à l’environnement dramatique, Zanaroli travaille tout un paysage autour des oliviers impressionnants et des volumes bâtis: des terrasses en pierre, des decks en bois, des assises construites et même une cuisine extérieure. De quoi y passer du temps sans compter les heures, et profiter pleinement de la nature et de toute la beauté du site qui est mise en valeur par cette composition. La piscine à débordement rafraîchit l’ambiance et miroite l’ensemble du projet sur fond de couleurs célestes, devenant ainsi un plan en perpétuel changement. Cadrés par les textures qui varient entre la pierre naturelle caractéristique du trullo et une partie de la maison, les murs blancs et le volume noir, les lieux gagnent en caractère et en nuances. Tout ici invite à se délecter d’une délicieuse complicité avec la nature.
Une relation fusionnelle
Dans le trullo, comme dans la construction contemporaine, les intérieurs sont placés sous le signe de la sobriété. Partout les meubles restent simples et minimalistes, pour mieux mettre en valeur les espaces, les vues et les matériaux. Ici, l’éclairage a été réfléchi en fonction de la lumière naturelle et de l’illumination des espaces extérieurs: une lumière douce contraste vivement avec celle des terrasses, créant ainsi une vraie complémentarité entre les ambiances. Avec la forte connexion entre intérieur et extérieur, être dedans revient alors tout simplement à être à l’ombre, dans une atmosphère enveloppante et apaisante, tout en gardant une vue spectaculaire sur le paysage, renforcée par les contrastes de couleurs, d’éclairage et de matières.

Où que l’on soit, cette tension qui rend le paysage omniprésent donne une dimension artistique au projet et sublime l’expérience spatiale: une communion totale entre tous les éléments du site qui renforce la solidité de la composition et la durabilité du plaisir.

Stéphanie Ghazal

SUR LES HAUTEURS DE RIO DE JANEIRO, CETTE MAISON SURGIT AU MILIEU D’UNE VÉGÉTATION LUXURIANTE, DONT ELLE EST UN MIROIR DE COULEURS ET DE MATÉRIAUX. ELLE S’OUVRE TOTALEMENT SUR LA BAIE DE LA CITÉ MERVEILLEUSE ET SON PAYSAGE PRODIGIEUX. SANS POUR AUTANT UTILISER TOUS LES LEVIERS DE L’ÉCOLOGIQUE OU DU DURABLE, LE STUDIO ARTHUR CASAS PLACE ICI L’ENVIRONNEMENT D’EXCEPTION AU CŒUR DU PROJET ARCHITECTURAL.

Comme un grand nombre de villes côtières, Rio de Janeiro a connu dans les années 1960 un phénomène d’urbanisation, favorisé par la présence de plages devenues rapidement de hauts lieux touristiques. Si Copacabana est aujourd’hui la plus célèbre, plusieurs dizaines d’autres existent, qui s’étendent notamment au sud de la ville où se situe São Conrado. Mitoyen de la favela Vidigal, ce quartier, depuis peu prisé des classes aisées, abrite le Gran Melia Nacional d’Oscar Niemeyer et de nombreuses villas. Celle-ci, propriété d’un jeune entrepreneur mondain, a été construite dès 2010, avec un double objectif: recevoir devant un panorama unique tout en bénéficiant d’une intimité totale.

Une maison-paysage
Trois ans de travaux furent nécessaires pour bâtir cette résidence de 485 mètres carrés, sur une propriété qui en compte le triple. Le cabinet d’architecte dut faire face à deux contraintes majeures: un terrain escarpé et la présence de plusieurs voisins.
La solution fut de surélever les espaces de réception au-dessus des murs délimitant le domaine. Ainsi haussées, même au premier étage, les pièces principales se trouvent immergées dans le paysage. Au troisième étage où se situent les appartements privés, l’effet en est d’autant accru. Leur accès a été travaillé pour en augmenter l’impression de révélation et de surprise. Depuis la rue, on entre dans la villa par une succession de petits chemins qui mènent à une galerie couverte précédant la porte principale. À mesure que l’on avance à l’intérieur, le panorama se dévoile, l’horizon, la mer et le fameux rocher granitique de Gavea, cerné par la forêt de Tijuca. Il est le seul élément de verticalité dans un paysage d’une superbe amplitude, que le plan horizontal de la villa cherche à embrasser à l’extrême; seuls quelques planeurs et parapentes viennent parfois en rompre la quiétude.
Les volumes intermédiaires sont comme suspendus, la charge ayant été portée sur l’escalier flottant en béton qui relie les deux premiers niveaux, et deux piliers en métal. Les échanges intérieur-extérieur sont privilégiés, depuis le salon notamment qui fonctionne à la façon d’une véranda. Les grandes baies vitrées s’étalent sans discontinuer d’une salle à l’autre, traversant le salon, la salle à manger, la cuisine et le balcon. Seule la piscine à débordement apparaît comme un élément à part, néanmoins transitoire entre l’architecture et le paysage, avant les murs comme au-delà. Dans l’enceinte, plusieurs espèces végétales exubérantes proviennent directement de la forêt de Tijuca. Adossée à la montagne, la villa s’exclut de l’urbanisme environnant par un plan d’ensemble subtil dont l’agencement et la décoration intérieure renforcent la signature environnementale.
Intérieur Do Brazil
De la pierre aux matériaux végétaux, tout est naturellement d’extraction locale. Seuls les objets de design s’en éloignent parfois, mais leur sobriété et leurs lignes franches ne brisent en rien l’unité générale. Du niveau le plus bas, où se situent les chambres d’invités et les pièces pour le personnel, aux chambres privées, en passant par le salon, il est une constante dans les matériaux qu’illustre à merveille le bois cumaru, autrement appelé tek brésilien, dont la densité et la couleur marron doré sont prisées.
Il recouvre le sol de la maison et se poursuit même sur le balcon. Sa résistance lui permet d’être utilisé au-dedans comme au-dehors. On le retrouve aussi dans l’escalier flottant dont une partie borde la salle à manger, à la différence de l’autre escalier, en béton, au ton similaire à la pierre de Carijó que l’on extrait non loin, dans l’État de Minas Gerais. La pierre a également été choisie pour les murs et pour les plafonds des deux premiers niveaux où, sous une forme apparente, elle dévoile une élégante couleur gris clair. La structure en bois de l’étage supérieur s’en distingue d’autant plus, soulignant une taille plus réduite et une fonction plus intime avec un bureau, la chambre maîtresse et une salle de bains comprenant un spa. L’ameublement privilégie le confort et une simplicité atteignant parfois à un minimalisme que l’on pourrait qualifier d’écologique. Les couleurs privilégiées suivent celles des matériaux naturels utilisés. La plupart des pièces sont d’origine brésilienne, ainsi du tapis en sisal ou de la table à manger dessinée par le studio Arthur Casas. Quelques objets ont été glanés à l’étranger, chinés dans des boutiques à New York par exemple. Parmi les luminaires, la lampe en trois gros néons surplombant la table à manger est une exception dans un espace où la lumière indirecte est privilégiée. Le design n’a rien de baroque ni de démonstratif, il s’efface derrière un environnement suffisamment évocateur et porteur de réalité et d’imaginaire esthétiques.

Cette résidence merveilleuse est représentative d’une certaine architecture contemporaine brésilienne. On n’échappe pas aux grandes tendances mondiales, celles positives, portées par une sensibilité au développement durable où l’habitat se construit en fonction de son environnement et non à son détriment ou simplement sans en tenir compte. Dans un pays où la nature offre une richesse unique, c’est a fortiori une règle d’or, à la condition que l’urbanisme reste contrôlé. La mode se singularise alors à travers une relecture locale forte, nourrie de paysages sublimes marqués par les grands espaces continentaux et marins.


Jim

Pour le Français Bruno de Caumont, destination le Vietnam, afin d’y produire sa collection de meubles et d’objets en laque, 100% faits main dans la pure tradition et le savoir-faire vietnamiens. Il y a huit ans, le designer s’est installé à la Villa verte, une maison ponctuée de ses créations et de ses envies.

«Je n’ai pas un parcours académique de décorateur d’intérieur», annonce Bruno de Caumont, descendant d’Ange-Jacques Gabriel, l’architecte «royal» auteur du Petit Trianon de Versailles et de la place de la Concorde. Pour lui ce seront plutôt des études en droit international, un créneau bien différent de son monde actuel et qui ne le satisfaisait pas. Il commence par installer un stand d’antiquités XVIIIe, XIXe et XXe siècles aux Puces de Saint-Ouen pour exposer de «vrais meubles, pas des copies», précise-t-il. L’expérience lui plaît et lui donne envie d’aller plus loin dans la décoration. Les appartements à Paris de Caroline et Élie S. qui lui sont confiés, puis celui de Sarah Trad, le confortent dans ce changement de carrière. Grâce à sa rencontre avec Sarah et ses séjours à Kfour, il réalise un meuble LitBanc dont la sonorité dévoile son attachement à notre pays. Il avoue se sentir «profondément méditerranéen». «J’ai été élevé à Aix-en-Provence entouré d’un père français, d’une mère peintre pied-noir et d’un grand-père paternel capitaine de la Légion étrangère, autrefois en poste à Damas.» Ce contexte familial nourrit son attirance pour la Méditerranée.

Après ses «premiers pas» parisiens, il dessine une collection de meubles en laque. Pourquoi la laque? Tout commence par un briquet S.T. Dupont en laque acheté aux puces. Il le redécouvre et comprend «qu’on ne peut pas lutter contre son destin.» Comme d’autres avant lui avaient emprunté depuis des siècles la route de la soie, Bruno de Caumont s’engage, muni de toute sa passion, dans celle de la laque, curieux de défricher un terrain qui lui est inconnu. Il s’embarque pour le Vietnam pour réaliser ses créations en laque, mate, «douce au toucher, délicate et forte» dont il a saisi la profondeur et le mystère. Après plusieurs allers-retours, il s’y installe en 2010.

Une maison de voyageur
En plein Tan Dinh, le 1er arrondissement de Saïgon, dans la rue Vo Thi Sau, le designer a un coup de cœur pour une bâtisse des années 50, construite par un architecte français. Il pose ses bagages et ses marques, décidé à redonner à cette maison son esprit d’origine, «celle d’un Vietnamien qui voyage et rapporte des images.» Un des côtés donne sur une allée privée hêm, qui protège la maison du brouhaha des rues adjacentes. Composée de dix pièces, elle s’étend sur trois étages de 100 m² chacun. La façade verte d’origine donne le ton et le nom, la Villa verte, où le décorateur se laisse aller à sa passion pour la couleur. Au rez-de-chaussée, dont le carrelage noir et blanc est un clin d’œil au motif pied-de-poule de Christian Dior, le porche donne sur un grand espace dans lequel se côtoient un salon et une salle à manger ouverts sur un patio intérieur, où se trouve une cuisine fonctionnelle et moderne. Sur les étagères l’artiste a posé un service bleu de Chine et des paniers du Mékong dénichés dans les marchés locaux.

Un escalier en fer forgé, qui existait initialement dans la maison, mène aux étages. Des losanges, motif typique des années 50, sont reproduits sur les murs, réalisés à la main en peinture. Ce qui séduit dans cet intérieur est une combinaison osée mais réussie de vert, bleu, orange, rose bonbon, mauve. Cette palette de couleurs ainsi que les formes géométriques très présentes confèrent à l’espace une symétrie et un grain de fantaisie. Quelques rares pièces («objets trouvés dans des boutiques d’antiquités de Ho Chi Minh», confie le maître des lieux) cohabitent avec le mobilier et les créations en laque de ses différentes collections, jusqu’aux tapis et au miroir Soleil noir qu’il a conçus lui-même. L’artiste veut redonner vie aux métiers de la main: ferronniers, ébénistes, tisserands et laqueurs l’accompagnent dans son parcours. Bruno de Caumont a apprivoisé ce nouvel environnement et l’Asie, les odeurs fortes «qui ne me font pas peur», comme les réactions parfois différentes, «loin de tout ce qu’on connaît.» Depuis qu’il côtoie des Vietnamiens devenus ses amis et qu’il collabore avec les artisans de Hanoï, son regard a changé. «Ce pays est étonnant. On apprend l’humilité et la sagesse», avoue-t-il. Heureux.

Danièle Henoud

 

Pour le Français Bruno de Caumont, destination le Vietnam, afin d’y produire sa collection de meubles et d’objets en laque, 100% faits main dans la pure tradition et le savoir-faire vietnamiens. Il y a huit ans, le designer s’est installé à la Villa verte, une maison ponctuée de ses créations et de ses envies.

«Je n’ai pas un parcours académique de décorateur d’intérieur», annonce Bruno de Caumont, descendant d’Ange-Jacques Gabriel, l’architecte «royal» auteur du Petit Trianon de Versailles et de la place de la Concorde. Pour lui ce seront plutôt des études en droit international, un créneau bien différent de son monde actuel et qui ne le satisfaisait pas. Il commence par installer un stand d’antiquités XVIIIe, XIXe et XXe siècles aux Puces de Saint-Ouen pour exposer de «vrais meubles, pas des copies», précise-t-il. L’expérience lui plaît et lui donne envie d’aller plus loin dans la décoration. Les appartements à Paris de Caroline et Élie S. qui lui sont confiés, puis celui de Sarah Trad, le confortent dans ce changement de carrière. Grâce à sa rencontre avec Sarah et ses séjours à Kfour, il réalise un meuble LitBanc dont la sonorité dévoile son attachement à notre pays. Il avoue se sentir «profondément méditerranéen». «J’ai été élevé à Aix-en-Provence entouré d’un père français, d’une mère peintre pied-noir et d’un grand-père paternel capitaine de la Légion étrangère, autrefois en poste à Damas.» Ce contexte familial nourrit son attirance pour la Méditerranée.

Après ses «premiers pas» parisiens, il dessine une collection de meubles en laque. Pourquoi la laque? Tout commence par un briquet S.T. Dupont en laque acheté aux puces. Il le redécouvre et comprend «qu’on ne peut pas lutter contre son destin.» Comme d’autres avant lui avaient emprunté depuis des siècles la route de la soie, Bruno de Caumont s’engage, muni de toute sa passion, dans celle de la laque, curieux de défricher un terrain qui lui est inconnu. Il s’embarque pour le Vietnam pour réaliser ses créations en laque, mate, «douce au toucher, délicate et forte» dont il a saisi la profondeur et le mystère. Après plusieurs allers-retours, il s’y installe en 2010.

Une maison de voyageur
En plein Tan Dinh, le 1er arrondissement de Saïgon, dans la rue Vo Thi Sau, le designer a un coup de cœur pour une bâtisse des années 50, construite par un architecte français. Il pose ses bagages et ses marques, décidé à redonner à cette maison son esprit d’origine, «celle d’un Vietnamien qui voyage et rapporte des images.» Un des côtés donne sur une allée privée hêm, qui protège la maison du brouhaha des rues adjacentes. Composée de dix pièces, elle s’étend sur trois étages de 100 m² chacun. La façade verte d’origine donne le ton et le nom, la Villa verte, où le décorateur se laisse aller à sa passion pour la couleur. Au rez-de-chaussée, dont le carrelage noir et blanc est un clin d’œil au motif pied-de-poule de Christian Dior, le porche donne sur un grand espace dans lequel se côtoient un salon et une salle à manger ouverts sur un patio intérieur, où se trouve une cuisine fonctionnelle et moderne. Sur les étagères l’artiste a posé un service bleu de Chine et des paniers du Mékong dénichés dans les marchés locaux.

Un escalier en fer forgé, qui existait initialement dans la maison, mène aux étages. Des losanges, motif typique des années 50, sont reproduits sur les murs, réalisés à la main en peinture. Ce qui séduit dans cet intérieur est une combinaison osée mais réussie de vert, bleu, orange, rose bonbon, mauve. Cette palette de couleurs ainsi que les formes géométriques très présentes confèrent à l’espace une symétrie et un grain de fantaisie. Quelques rares pièces («objets trouvés dans des boutiques d’antiquités de Ho Chi Minh», confie le maître des lieux) cohabitent avec le mobilier et les créations en laque de ses différentes collections, jusqu’aux tapis et au miroir Soleil noir qu’il a conçus lui-même. L’artiste veut redonner vie aux métiers de la main: ferronniers, ébénistes, tisserands et laqueurs l’accompagnent dans son parcours. Bruno de Caumont a apprivoisé ce nouvel environnement et l’Asie, les odeurs fortes «qui ne me font pas peur», comme les réactions parfois différentes, «loin de tout ce qu’on connaît.» Depuis qu’il côtoie des Vietnamiens devenus ses amis et qu’il collabore avec les artisans de Hanoï, son regard a changé. «Ce pays est étonnant. On apprend l’humilité et la sagesse», avoue-t-il. Heureux.

Danièle Henoud

 

SUR LES HAUTEURS DE RIO DE JANEIRO, CETTE MAISON SURGIT AU MILIEU D’UNE VÉGÉTATION LUXURIANTE, DONT ELLE EST UN MIROIR DE COULEURS ET DE MATÉRIAUX. ELLE S’OUVRE TOTALEMENT SUR LA BAIE DE LA CITÉ MERVEILLEUSE ET SON PAYSAGE PRODIGIEUX. SANS POUR AUTANT UTILISER TOUS LES LEVIERS DE L’ÉCOLOGIQUE OU DU DURABLE, LE STUDIO ARTHUR CASAS PLACE ICI L’ENVIRONNEMENT D’EXCEPTION AU CŒUR DU PROJET ARCHITECTURAL.

Comme un grand nombre de villes côtières, Rio de Janeiro a connu dans les années 1960 un phénomène d’urbanisation, favorisé par la présence de plages devenues rapidement de hauts lieux touristiques. Si Copacabana est aujourd’hui la plus célèbre, plusieurs dizaines d’autres existent, qui s’étendent notamment au sud de la ville où se situe São Conrado. Mitoyen de la favela Vidigal, ce quartier, depuis peu prisé des classes aisées, abrite le Gran Melia Nacional d’Oscar Niemeyer et de nombreuses villas. Celle-ci, propriété d’un jeune entrepreneur mondain, a été construite dès 2010, avec un double objectif: recevoir devant un panorama unique tout en bénéficiant d’une intimité totale.

Une maison-paysage
Trois ans de travaux furent nécessaires pour bâtir cette résidence de 485 mètres carrés, sur une propriété qui en compte le triple. Le cabinet d’architecte dut faire face à deux contraintes majeures: un terrain escarpé et la présence de plusieurs voisins.
La solution fut de surélever les espaces de réception au-dessus des murs délimitant le domaine. Ainsi haussées, même au premier étage, les pièces principales se trouvent immergées dans le paysage. Au troisième étage où se situent les appartements privés, l’effet en est d’autant accru. Leur accès a été travaillé pour en augmenter l’impression de révélation et de surprise. Depuis la rue, on entre dans la villa par une succession de petits chemins qui mènent à une galerie couverte précédant la porte principale. À mesure que l’on avance à l’intérieur, le panorama se dévoile, l’horizon, la mer et le fameux rocher granitique de Gavea, cerné par la forêt de Tijuca. Il est le seul élément de verticalité dans un paysage d’une superbe amplitude, que le plan horizontal de la villa cherche à embrasser à l’extrême; seuls quelques planeurs et parapentes viennent parfois en rompre la quiétude.
Les volumes intermédiaires sont comme suspendus, la charge ayant été portée sur l’escalier flottant en béton qui relie les deux premiers niveaux, et deux piliers en métal. Les échanges intérieur-extérieur sont privilégiés, depuis le salon notamment qui fonctionne à la façon d’une véranda. Les grandes baies vitrées s’étalent sans discontinuer d’une salle à l’autre, traversant le salon, la salle à manger, la cuisine et le balcon. Seule la piscine à débordement apparaît comme un élément à part, néanmoins transitoire entre l’architecture et le paysage, avant les murs comme au-delà. Dans l’enceinte, plusieurs espèces végétales exubérantes proviennent directement de la forêt de Tijuca. Adossée à la montagne, la villa s’exclut de l’urbanisme environnant par un plan d’ensemble subtil dont l’agencement et la décoration intérieure renforcent la signature environnementale.
Intérieur Do Brazil
De la pierre aux matériaux végétaux, tout est naturellement d’extraction locale. Seuls les objets de design s’en éloignent parfois, mais leur sobriété et leurs lignes franches ne brisent en rien l’unité générale. Du niveau le plus bas, où se situent les chambres d’invités et les pièces pour le personnel, aux chambres privées, en passant par le salon, il est une constante dans les matériaux qu’illustre à merveille le bois cumaru, autrement appelé tek brésilien, dont la densité et la couleur marron doré sont prisées.
Il recouvre le sol de la maison et se poursuit même sur le balcon. Sa résistance lui permet d’être utilisé au-dedans comme au-dehors. On le retrouve aussi dans l’escalier flottant dont une partie borde la salle à manger, à la différence de l’autre escalier, en béton, au ton similaire à la pierre de Carijó que l’on extrait non loin, dans l’État de Minas Gerais. La pierre a également été choisie pour les murs et pour les plafonds des deux premiers niveaux où, sous une forme apparente, elle dévoile une élégante couleur gris clair. La structure en bois de l’étage supérieur s’en distingue d’autant plus, soulignant une taille plus réduite et une fonction plus intime avec un bureau, la chambre maîtresse et une salle de bains comprenant un spa. L’ameublement privilégie le confort et une simplicité atteignant parfois à un minimalisme que l’on pourrait qualifier d’écologique. Les couleurs privilégiées suivent celles des matériaux naturels utilisés. La plupart des pièces sont d’origine brésilienne, ainsi du tapis en sisal ou de la table à manger dessinée par le studio Arthur Casas. Quelques objets ont été glanés à l’étranger, chinés dans des boutiques à New York par exemple. Parmi les luminaires, la lampe en trois gros néons surplombant la table à manger est une exception dans un espace où la lumière indirecte est privilégiée. Le design n’a rien de baroque ni de démonstratif, il s’efface derrière un environnement suffisamment évocateur et porteur de réalité et d’imaginaire esthétiques.

Cette résidence merveilleuse est représentative d’une certaine architecture contemporaine brésilienne. On n’échappe pas aux grandes tendances mondiales, celles positives, portées par une sensibilité au développement durable où l’habitat se construit en fonction de son environnement et non à son détriment ou simplement sans en tenir compte. Dans un pays où la nature offre une richesse unique, c’est a fortiori une règle d’or, à la condition que l’urbanisme reste contrôlé. La mode se singularise alors à travers une relecture locale forte, nourrie de paysages sublimes marqués par les grands espaces continentaux et marins.


Jim

À POLIGNANO A MARE, DANS LA RÉGION ITALIENNE DE BARI, LUCA ZANAROLI SIGNE UN PROJET QUI SE VEUT AU CROISEMENT DU VERNACULAIRE ET DU CONTEMPORAIN. AUTOUR D’UN VIEUX TRULLO SITUÉ SUR UN TERRAIN RICHE EN OLIVIERS, IL IMAGINE TOUTE UNE COMPOSITION DE VOLUMES ET DE TEXTURES QUI FONT RESSORTIR LE CHARME DE L’ENDROIT ET RENDENT HOMMAGE AU PAYSAGE.

Conçue par Luca Zanaroli pour deux familles et leurs invités, cette demeure propose tout un éventail d’espaces et d’ambiances, toutes étroitement liées au paysage qui les enlace. La composition en L qui vient épouser la vieille construction ronde au toit conique permet plusieurs degrés d’intimité: les chambres sont situées sur les bords des deux ailes alors que la jonction, revêtue de noir, abrite séjour, cuisine et lieux de rencontre. Ce volume convivial donne un accès direct à la cour intérieure et aux terrasses généreuses, et profite d’une vue spectaculaire sur le trullo typique de la région. Ici, le vernaculaire et le contemporain se retrouvent dans un dialogue constant, renforcé par les vastes espaces extérieurs qui forment plus qu’une extension de la maison, un véritable lieu de vie et d’échange entre les différentes composantes du projet.

Vivre dehors
Sur cette grande étendue à l’environnement dramatique, Zanaroli travaille tout un paysage autour des oliviers impressionnants et des volumes bâtis: des terrasses en pierre, des decks en bois, des assises construites et même une cuisine extérieure. De quoi y passer du temps sans compter les heures, et profiter pleinement de la nature et de toute la beauté du site qui est mise en valeur par cette composition. La piscine à débordement rafraîchit l’ambiance et miroite l’ensemble du projet sur fond de couleurs célestes, devenant ainsi un plan en perpétuel changement. Cadrés par les textures qui varient entre la pierre naturelle caractéristique du trullo et une partie de la maison, les murs blancs et le volume noir, les lieux gagnent en caractère et en nuances. Tout ici invite à se délecter d’une délicieuse complicité avec la nature.
Une relation fusionnelle
Dans le trullo, comme dans la construction contemporaine, les intérieurs sont placés sous le signe de la sobriété. Partout les meubles restent simples et minimalistes, pour mieux mettre en valeur les espaces, les vues et les matériaux. Ici, l’éclairage a été réfléchi en fonction de la lumière naturelle et de l’illumination des espaces extérieurs: une lumière douce contraste vivement avec celle des terrasses, créant ainsi une vraie complémentarité entre les ambiances. Avec la forte connexion entre intérieur et extérieur, être dedans revient alors tout simplement à être à l’ombre, dans une atmosphère enveloppante et apaisante, tout en gardant une vue spectaculaire sur le paysage, renforcée par les contrastes de couleurs, d’éclairage et de matières.

Où que l’on soit, cette tension qui rend le paysage omniprésent donne une dimension artistique au projet et sublime l’expérience spatiale: une communion totale entre tous les éléments du site qui renforce la solidité de la composition et la durabilité du plaisir.

Stéphanie Ghazal

Cette résidence d’été toute en délicatesse illustre un luxe balnéaire confidentiel, orchestré par la très en vogue Stéphanie Coutas. Quand presqu’île rime avec style.

Préservée des regards, avec un point de vue unique sur les giga yachts, voiliers et catamarans qui assurent le spectacle, la piscine à débordement est le point de fraîcheur de la maison. Surplombant le mythique port de Saint-Tropez, pool house, salon d’extérieur et terrasses invitent à s’enivrer d’air doux aux notes de thym. Omniprésente, la nature au charme sauvageon accueille les lignes épurées du mobilier de jardin en bois ou osier. Une fantaisie de coussins haute facture anime ce décor spectaculaire avec un savant mélange de raffinement et d’audace. Essence même du talent de l’architecte d’intérieur Stéphanie Coutas (SC Édition) qui habille d’une patte minimaliste cet oasis de bon goût au pays du too much.
Un jeu de textures et de motifs
Alors que la façade dévoile ses colonnes néoclassiques à l’ombre des palmiers et pins parasols, il émane de l’intérieur une poésie intemporelle. Au salon, une attention particulière est portée aux détails avec l’agencement de voûtes dupliquant l’arche des baies vitrées, pour un équilibre parfait entre lumière naturelle et fluidité du plan. Un miroir surréaliste en bois doré de Victor Roman (galerie Yves Gastou), posé à même le sol, évoque l’Asie où Stéphanie Coutas a grandi. Le mur en bois massif dessiné par l’architecte d’intérieur, découpé à la tronçonneuse puis brûlé et ciré par l’artiste ébéniste Étienne Moyat, s’harmonise aux motifs graphiques du tapis. Il abrite une porte dérobée menant aux suites des invités. Côté ambiance, le souffle ethnique des canapés en lin rayé SC, associé à la palette vitaminée des coussins, témoigne d’un goût subtil pour l’élégance intérieure.
Inconditionnelle des métiers d’art
Dans la vaste cuisine salle à manger le marbre clair veiné répond au bois. La parfaite orchestration de tonalités sobres et d’innovantes finitions sur mesure assure un décor apaisé, éclairé par une fantastique suspension Rock the Kasbah. Nourrie de divers courants d’arts décoratifs, l’harmonie jaillit de l’association inattendue entre une peinture aborigène dans son cadre en bois sculpté main et d’un tapis en laine flower power imaginé par Stéphanie Coutas (J.D. Staron) et contrastant avec le cactus blanc Drocco & Mello. Au-dessus d’un banc d’église vintage un tableau de Francesca Pasquali (galerie Tornabuoni) ajoute un effet de texture troublant, mis en valeur par les céramiques de Jean Girel (galerie Arcanes) et un bronze bleu martelé Rico. Au mur une mosaïque de métal à chevrons or mat rythme l’espace. Tout est chic, chaleureux et bohème.


Bain de lumière
Ouvertes sur le jardin, les chambres de plain-pied démultiplient leurs volumes par de larges baies vitrées. Riche de son expertise dans l’aménagement d’hôtels de luxe (Dress Code et Drouot Gallery à Paris), la maître d’œuvre y exprime son amour pour la confection haute couture. Fauteuil vintage, palette aquatique et rigueur des lignes évitent l’ostentatoire. Épurée, la salle de bains séduit par l’effet mat de la pierre naturelle et du carrelage à effet bois de la douche. Pour se remettre à flot en fredonnant Do you do you Saint-Tropez, un miroir soleil rayonne sur la vasque noire en forme de goutte. Cette fusion entre art de vivre et culture pimentée de french touch caractérise la vision romantique de Stéphanie Coutas, férue d’art contemporain. Son secret: un supplément d’âme.

Sylvie Gassot

Il a fallu sept ans et bien de l’audace à Didier Benderli pour inscrire ce château Renaissance dans le XXIe siècle. La métamorphose a été réussie grâce à une collaboration harmonieuse entre l’architecte et le propriétaire, un collectionneur de mobilier et d’œuvres d’art contemporains pour lequel Didier Benderli avait déjà mené à bien d’autres projets de décoration.

À AJALTOUN, SUR UN SITE OÙ LA VERDURE FAIT OUBLIER LA VILLE, LA TENSION ET LE CHAOS, YOUSSEF TOHMÉ SIGNE UN PROJET HORS DU COMMUN. D’UN GESTE FRANC, IL INVERSE LE RAPPORT ENTRE TERRAIN ET CONSTRUCTION ET CONÇOIT UNE DEMEURE QUI DEVIENT ELLE-MÊME UNE TOPOGRAPHIE, UNE MAISON QUI ÉTREINT LE PAYSAGE.

Dans cette région, les pommes de pin poussent par paire sur les branches. D’où bi kerzayn, que Ramzi Salman a transformé en Bkerzay. Tel est le nom donné à ce projet humain, écologique et artistique que le promoteur a conçu au milieu des pins sauvages.

Le pin sera bien au cœur du projet Bkerzay, tout comme ses acolytes sylvestres et cette végétation méditerranéenne qui tient tant à cœur à Ramzi Salman, promoteur et concepteur de cette initiative, tout comme l’architecture libanaise et ce qu’il appelle «le charme du Levant».

Plongés dans un cadre élémentaire, les objets choisis mettent en lumière design délicat et matières nobles. Le luxe se nourrit de rapprochements détonnants et oppose le simple au sophistiqué, le sobre au rutilant. Un peu de douceur dans un monde brut.

Ville-opéra citée dans plus d’une centaine d’œuvres lyriques, toile de fond des scènes de Game of Thrones, Séville est un décor à facette multiples. Chef-d’œuvre architectural aux styles historicistes, la capitale andalouse a accueilli au vingtième siècle deux expositions universelles qui lui ont légué deux quartiers parmi les plus insolites. De 1929 à 1992, du sud-est de la ville au nord-est, en selle pour une balade sévillane et périphérique.

 

Si la calèche décapotée constitue le véhicule idéal pour trottiner au milieu des jardins odorants de Séville, le bus touristique à impériale vous donnera la hauteur de vue nécessaire pour affronter la Plaza de Toros de la Maestranza ou le palais de San Telmo (l’ancienne université des navigants). Sachant qu’une paire de jambes est plus adaptée pour musarder dans les ruelles serpentines de l’ancien quartier juif de Santa Cruz. Mais s’il s’agit de rallier les deux quartiers excentrés des expositions universelles, choisissons le vélo. Ça tombe bien: considérée comme l’une des meilleures villes cyclables au monde, Séville garantit au visiteur 160 kilomètres de piste et un parcours plat comme la paume.

 

Façonnée au fil des siècles par les cultures musulmane, juive et chrétienne, révélée par la découverte du Nouveau Monde, la capitale andalouse s’est aussi largement développée au XXe siècle grâce à ses deux expositions universelles. Le premier coup de pédale vous expédie donc à l’est de la ville, au-delà de l’ancienne Fabrique royale de tabac, entre l’avenue María Luisa et l’avenue de la Borbolla, où s’est tenue la première exposition universelle en 1929. Organisée avec faste, elle est placée sous le signe de la culture ibéro-américaine. Séville y convoque alors tous les pays hispanophones, dont les anciennes colonies de l‘Espagne, comme pour renouer avec sa grandeur impériale passée.

Ils sont jeunes, créatifs et ambitieux. Facétieux, provocateurs, poétiques ou rêveurs, ils incarnent le renouveau d’un pays en pleine effervescence artistique. Carla Baz, Studio Caramel (Karl Chucri, Rami Boushdid), Marc Dibeh, Carlo Massoud, Anastasia Nysten et Paola Sakr: voici les designers qui ont placé le Liban sous les feux de la rampe au salon international Maison&Objet (M&O), du 7 au 11 septembre 2018 à Paris. Zoom sur ces six talents confirmés du design libanais.

UN VENT NOUVEAU SOUFFLE AU NORD DE BEYROUTH AVEC LA PREMIÈRE BOUTIQUE SAWAYA & MORONI QUI A PRIS SES QUARTIERS À AISHTI BY THE SEA. LA CÉLÈBRE MARQUE ITALIENNE DISPOSAIT JUSQUE-LÀ D’UNE PRÉSENCE TIMIDE AU LIBAN. UNE LACUNE QUE LES AMOUREUX DU DESIGN OUBLIERONT VITE, TANT L’ESPACE DÉDIÉ OFFRE UN VOYAGE CAPTIVANT VERS UNE ESTHÉTIQUE À LA FOIS ÉPURÉE ET DÉCALÉE.

Lorsque Sawaya & Moroni contemporary furniture fut fondé en 1984, peu de gens, qu’ils soient fins connaisseurs ou simples observateurs, imaginaient que le duo puisse atteindre un jour sa renommée actuelle. Dans le microcosme du design, la griffe italienne était un jeu de hasard. William Sawaya et Paolo Moroni s’étaient initialement associés en 1978 comme architectes. Paradoxalement, c’est en restant fidèle à ce premier amour que leur design devint si recherché. Depuis plus de vingt ans, des partenariats prestigieux les ont associés aux signatures les plus courues du moment, Zaha Hadid en tête, qui leur a dessiné plusieurs collections. Cette première boutique libanaise est un vade-mecum Sawaya et Moroni, on y retrouve intacts le style et la force de leurs pièces dans un écrin bâti sur mesure.

 

Poésie de l’espace
Dans ce dialogue permanent de l’architecture et du design, l’espace est une clef irréductible. Depuis leur vaisseau-amiral milanais, chaque boutique est dessinée par William Sawaya et comporte des éléments communs, une cohérence: murs blancs, sens de la sobriété, de l’épuré, choix ad hoc des objets.

À Aishti by the Sea, l’espace respire et dévoile au visiteur une profondeur de champ quasi infinie: les cloisons claires aux formes aériennes s’ouvrent sur l’horizon marin à travers de grandes baies vitrées laissant passer la lumière.

Les meubles s’insèrent dans un milieu où le vide même est significatif, les révèle à leur nature la plus expressive. Chaque objet est un îlot de formes et de couleurs, une vibration.

Less is more
Pour la plupart, les pièces choisies appartiennent à la collection Barock’n Roll. On retrouve les meubles O’Blik et Girl’s Best Friend Stylo.  Le fauteuil Cartoon complète une sélection chatoyante, mordante pour qui sait interpréter le style Sawaya & Moroni, avant-gardiste tout en assimilant certains codes plus conservateurs, non sans une touche d’humour salutaire. La Pink Dime Table (2005) aux lignes «antiques» en est un brillant exemple. Au-delà, les incontournables n’ont pas été oubliés, ceux de Zaha Hadid, la Mew Table et le Moraine Sofa. Plasticité, rondeur, lignes claires, petites tailles, les modèles rares se conjuguent ainsi à d’autres plus décoratifs.

Dans cet espace Sawaya & Moroni, il serait erroné de juger une exclusivité pour happy few du design; il offre des émotions et dévoile des attitudes, ce que Zaha Hadid voyait dans l’architecture: «nous exciter, nous calmer, nous faire réfléchir».

 

Jim

En lisière du bois de Vincennes et pourtant terriblement urbain, l’hôtel offre un style des plus singuliers. L’imposante façade en aluminium qui abrite 255 chambres s’annonce impersonnelle, mais en poussant la porte on plonge dans un univers arty insoupçonnable. Havre de paix et de charme, le premier hôtel parisien du groupe allemand Motel One, qui en possède déjà cinquante-quatre, est onirique et chatoyant. Spécialisé dans les établissements design à prix abordables, le groupe brouille les codes avec un parti pris efficace, adouci par la démesure des parties communes qui optimise l’accueil. Du lobby au lounge, décollage immédiat pour un voyage dans le temps avec un large éventail de tendances déco. La scénographie virevolte de l’Art déco aux Folies Bergère, de motifs animaliers en impressions végétales. Entre tradition et modernité, l’espace décloisonné s’anime de belles pièces de mobilier: fauteuils Freifau, canapés Moroso, luminaires Bocci… L’ambiance se pare de mystère avec une galerie d’animaux hybrides peints par Rachel Convers et des installations imaginées par la street artist Madame Moustache. Même scénario pour les chambres qui offrent l’essentiel, l’harmonie de belles matières aux couleurs chaudes ajoutant une touche de glamour. En terrasse, lové dans un transat, on surplombe l’enchanteur lac Daumesnil. Cocon nouvelle génération avec espace connecté et restauration bio à toute heure, Motel One joue la carte du séjour cool et branché.
Motel One Paris Porte Dorée, 295 avenue Daumesnil, 75012 Paris.
www.motel-one.com

Internet a révolutionné notre façon de faire les courses. Aujourd’hui, tout se trouve et s’achète en un seul click sur une plateforme universelle. Alors que ce type d’achat ne cesse de se développer au Liban, de nouveaux sites invitent les internautes à découvrir une large gamme de produits made in Lebanon.

BuyLebanese.com – Pionnier du commerce en ligne
C’est avec BuyLebanese.com, fondé en 2000 par l’entrepreneur libanais Karim Saikali, que le commerce en ligne débute au Liban. La plateforme, qui distribue exclusivement des labels libanais de marque, partage ainsi avec le monde entier la délicieuse cuisine libanaise et les produits du Moyen-Orient. Aujourd’hui plus de 132 pays utilisent ce service dont l’essor n’est pas près de fléchir.
www.buylebanese.com

 

209 Lebanese Wine – Un vaste choix de vins libanais
Fondée par Selim Yasmine, spécialiste certifié en vin libanais, 209 propose une large sélection de vins en provenance de caves de tout le pays, du Chouf à la Bekaa. En ligne, les conseillers personnels de 209 aident les clients à choisir la bouteille qui correspond à leurs aux goûts et à leur budget, et qui sera livrée directement à leur porte. Ce réseau permet aussi aux caves libanaises d’étendre leur marché localement et à l’international.
www.209lebanesewine.com

 

Lebelik – Quand la mode et le design sont accessibles à tous
Fondé par Michel et Louise Doumet, Lebelik expose en ligne de jeunes designers libanais qui partagent ainsi leur travail avec le reste du monde. Aujourd’hui, cette plateforme accueille plus de soixante designers talentueux, avec une gamme de créations qui ne cesse de s’enrichir: accessoires pour la maison, bijoux, habits, maquillage, sacs et chaussures… Lebelik est l’un des sites Internet libanais les plus branchés pour faire son shopping.
www.lebelik.com

Carine Khalaf

SUSTAINABLE DESIGN 6: VERS UNE NOUVELLE ÉTHIQUE POUR L’ARCHITECTURE 2018
MARIE-HÉLÈNE CONTAL JANA REVEDIN ALTERNATIVES

Le Global Award for Sustainable Architecture récompense chaque année cinq architectes qui proposent des expériences innovantes en matière de développement durable. Thème de la onzième édition: les ressources invisibles de l’architecture. Les travaux des lauréats 2017, présentés ici, confirment la densité du débat sur les rapports entre architecture, ressources et développement.

LES ABBAYES CISTERCIENNES
JEAN-FRANCOIS LEROUX-DHUYS PLACE DES VICTOIRES

Il y a neuf siècles, un moine inconnu, Robert de Molesme, proposait de revenir à la stricte observance de la Règle de Benoît de Nurcie:
prier loin du monde et vivre du travail de ses mains. Ainsi, le Nouveau Monastère de Cîteaux allait devenir un modèle pour une cohorte de moines de chœur qui se révélèrent notamment des constructeurs exemplaires. L’architecture dépouillée des abbayes cisterciennes imposa une nouvelle esthétique à l’art roman comme à l’art gothique naissant. Les domaines agricoles et industriels des cisterciens participèrent également à la révolution technique des XIIe et XIIIe siècles. Ce livre propose de donner une signification au patrimoine architectural cistercien que notre époque a reçu en héritage.

IVING IN MEXICO
TASCHEN

Le sémillant duo d’auteur et photographe formé par Barbara et René Stoeltie est tombé sur une nouvelle mine d’or: parcourant le pays de part en part, de Costa Careyes à la péninsule du Yucatán, ils sont partis, cette fois, à la découverte des demeures les plus remarquables. De l’hacienda restaurée du XVIe siècle, où vécut l’architecte constructiviste
Luis Barragán, aux traditionnelles chaumières maya, les styles contrastés qui s’exposent au fil des pages racontent la palette de textures et de couleurs du pays, d’une diversité éblouissante. Un voyage inédit dans un Mexique éclectique et luxuriant.

Jusqu’au 21 septembre, expositioncollective(PEINTURES).

Du 8 au 29 novembre, HUSSEINMADI (PEINTURES). Galerie Aïda Cherfan, tél: (04) 444111/222.

Jusqu’au 21 septembre, expositioncollective(PEINTURES).

Du 28 septembreau 20 octobre, RAFIKMAJZOUB (PEINTURES).

Du 26 octobreau17 novembre, DYALAKHODARY (PEINTURES).

Du 23 novembre au22décembre, ELIASMOUBARAK (PHOTOS). Art on 56th, tél: (01) 570331.

Du 20 au 23 septembre, BEIRUTARTFAIR (PEINTURES).

Du 1er au13octobre, MARCELLOCARROZZINI (PEINTURES).

Du 18 au 20 octobre, SIMONESAIKALI (PEINTURESSURCÉRAMIQUE).

Du 22 au 31 octobre, HAGOPKANLEDJIAN (PHOTOGRAPHIES).

Du 5 au 14 novembre, NADAHALABIIDRISS (PEINTURES).

Du 10 au14 décembre, expode Noël.Galerie Rochane, tél: (01) 972238.

Jusqu’au 24 septembre, SAMIRMÜLLER (CÉRAMIQUES) et "Past Disquiet" (MIXEDMÉDIAS).

Jusqu’au 8 octobre, "FleetingExits", expositioncollective (MIXEDMÉDIAS) et "LookingforLesiure", delacollectionde FOUADDEBBAS (PHOTOS). Musée Sursock, tél: (01) 202001.

Jusqu’au 24 septembre, GHINWARADWAN (PEINTURES).

Du 24 octobre au 6 novembre, MAGZ. CHAABAN (PEINTURES).

Du 8 au 24 novembre, AFAFSADER (PEINTURES).

Le 27 novembre, MONAASSAF (ARRANGEMENTS).

Du 1er au7 décembre, BELINDAZEE (TRAVAUXD'ARTISTES).Galerie Exode, tél: (01) 336464.

Du18 au 25 septembre, PHILIPPEARACTINGI (PHOTOGRAPHIES). 3Beirut, tél: (01) 497494.

Jusqu’au 26 septembre, JADEL-KHOURY (PHOTOGRAPHIES). Platform 39, tél: (01) 339381.

Jusqu’au 29 septembre, A. RIZZI& A.-D. HADDAD (PHOTOGRAPHIES).

Jusqu’au 6 octobre, RAWANMAZEH (PHOTOS).

Du 4 au 27 octobre, ANNIEKURDJIAN (PEINTURES).

Du 1er au 24 novembre, MOHAMMADABDALLAH (PEINTURES).

Du 29 novembre au 22 décembre, MUNIRABDALLAH (PHOTOS). Galerie Artlab, tél: (03) 244577.

Du 20 au 29 septembre, MAYSOUNALAMEDDINE (PEINTURES).

Du18 au 27 octobre, AYEDARAFAH (PEINTURES). Galerie Zamaan, tél: (01) 745571.

Jusqu’au 6 octobre, ANASALBRAEHE (PEINTURES). Galerie Agial, tél: (01) 345213.

Jusqu’au 7 octobre, DANIELEGENADRY (PEINTURES). Beirut Art Center, tél: (01) 397018.

Jusqu’au 11 octobre, ABEDEL-WAHABHAWAM (PEINTURES).

Du 16 octobre au 8 novembre, "Beelief" par ELIZABETHLISELOTTE KRAUS (SCULPTURES& PEINTURES).

Du 13 novembreau 4décembre, SILVA DECARRERA (MIXEDMÉDIAS).

Du 7 au30 décembre, JESSICASCHOUCAIR (MIXEDMÉDIAS). Galerie 392RMEIL393, tél: (01) 567015.

Jusqu’au13 octobre, "ASenseofPlace", expocollective(PEINTURES).

Du 7 novembreau1er décembre, "BetweenTwoRivers", avec LEILA KUBBA (PEINTURES) et IHSANJEZANY (PHOTOGRAPHIES). Artspace Hamra, tél: (01) 736516.

Jusqu’au17octobre, ZADMOULTAKA (INSTALLATIONS).

Jusqu’au19 novembre, JAMILMOLAEB (PEINTURES). Galerie Janine Rubeiz, tél: (01) 868290.

Jusqu’au17 octobre, KAMEELHAWA (PEINTURES). Galerie Cheriff Tabet, tél: (01) 253664.

Marc Van Cauwenbergh. Jamil Molaeb. Anas Albraehe.

■ Du 4au25octobre, rétrospective ROBERTMESSARRA (1944-2012) (PEINTURES).

Villa Audi, tél: (01) 200445.

■ Du18septembreau27octobre, MARCVANCAUWENBERGH (PEINTURES& PAPIERS).

■ Du 6 novembre au24décembre, MALGORZATA PASZKO (PEINTURES).

Galerie Alice Mogabgab, tél: (03) 210424.

■ Jusqu’au 27octobre, TAGREEDDARGHOUTH (PEINTURES).

Saleh Barakat Gallery, tél: (01) 365615.

■ Du19septembreau28octobre, JEANBOGHOSSIAN (PHOTOGRAPHIES).

Crypte de l'Église Saint Joseph, rue Huvelin, Achrafié.

■ Du 17 septembre au 31 octobre, SAFWANDAHOUL (PHOTOS).

Ayyam Gallery, tél: (01) 374450/1.

■ Jusqu’au 31octobre, JOCELYNESAAB (PEINTURES) et ACHILLEASSOURAS (INSTALLATIONS).

Macam, tél: (03) 271500.

■ Jusqu’au3novembre, BASIRMAHMOOD (PHOTOGRAPHIES& VIDÉOS).

Letitia Art Gallery, tél: (01) 353222.

■ Jusqu’au4novembre, "Robesdemariéed'Orientetd'Occident" (DESIGN).

Musée de la Soie, tél: (05) 940767.

■ Du17septembreau10novembre, ROYDIB (PHOTOGRAPHIES).

Galerie Tanit, tél: (01) 562812 - (70) 910523.

■ Jusqu’au2décembre, "ThatisWater, ThatisEarth", expositioncollective(MIXEDMÉDIAS).

Marfa’ Gallery, tél: (01) 571636.

■ Jusqu’au31décembre, expositioncollective(PEINTURES).

Alwane Saïfi, tél: (01) 975250.

■ Jusqu’au3janvier, AKRAMZAATARI (PHOTOGRAPHIES).

Galerie Sfeir-Semler, tél: (01) 566550.

EXPOSITIONS À L’ÉTRANGER

Jusqu’au 30 septembre, "You+Topia", exposition collective (PEINTURES).

Du 17 septembre au 31 octobre, "SevenYears" par ELIASIZOLI (PEINTURES). AyyamGalleryDubai(AlQuoz), tél: +971 4 3236242.

Jusqu’au 28 octobre, "Schwarz" par YOUSSEFABDELKÉ (PEINTURES).

GalerieSfeir-SemlerHambourg, tél: +49 40 37 51 99 40.

 

Viviane Abi Rached

 

Il y a peu de raisons de se réjouir en ce moment du côté de chez nous, mais cette rentrée ramène avec elle un peu de baume sur une actualité morose. Septembre promet de nous sortir de cette torpeur estivale, un départ en trombe avec Maison&Objet où la nouvelle vague créatrice libanaise est à l’affiche, nos jeunes designers partent à la conquête de la Ville Lumière. À travers des expositions en solo ou collectives, ils mettent -en lumière- leur talent, leur créativité, leur identité.

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  • À Bkerzay, à Deir el-Qamar, la montagne hospitalière.

    Dans cette région, les pommes de pin poussent par paire sur les branches. D’où bi kerzayn, que Ramzi Salman a transformé en Bkerzay. Tel est le nom donné à ce projet humain, écologique et artistique que le promoteur a conçu au milieu des pins sauvages.

    Le pin sera bien au cœur du projet Bkerzay, tout comme ses acolytes sylvestres et cette végétation méditerranéenne qui tient tant à cœur à Ramzi Salman, promoteur et concepteur de cette initiative, tout comme l’architecture libanaise et ce qu’il appelle «le charme du Levant».